headerphoto

Principes, concepts, pratiques et compétences

Voici résumés dans le titre, et par ordre croissant d'importance, les éléments qui font le contenu de l'approche Agile. Pour résumer le contenu de ce billet: les principes, c'est ce qui nous préoccupe quand on s'arrête pour réfléchir; les concepts, ce sont les définitions auxquelles on revient pour éviter de se tromper; les pratiques, c'est ce qui nous distingue visiblement d'autres équipes; mais le plus important reste les compétences, c'est-à-dire que nous nous attachons à améliorer.

La question "sommes-nous Agiles" n'a que peu d'intérêt. Bien plus importante est la question "qu'avons-nous appris, qui nous permet dans la pratique de mieux réussir nos projets?"

Lors de la réunion où fut écrit le fameux Manifeste, c'est cette question qui animait les participants. Leur objectif était de décrire leurs points de convergence les plus forts possibles: c'est une démarche qui les conduisait nécessairement à une formulation un peu abstraite, un peu éloignée de la réalité quotidienne des projets qu'ils vivaient alors. Ce sont donc les "douze principes" réputés sous-tendre la pratique Agile.

Les principes fournissent un garde-fou utile. Si je m'aperçois que la mise en place de pratiques censément Agiles a eu pour résultat de démoraliser toute l'équipe, le cinquième principe, "bâtissez le projet autour de personnes motivées", m'avertit qu'il y a peut-être une contradiction quelque part. A tout le moins, je dois le prendre comme un sérieux avertissement, envisager que j'ai pu faire fausse route.

Mais on ne peut pas construire un projet sur la seule base de quelques principes. Admettons, nous somme tous d'accord pour "satisfaire le client en livrant tôt et régulièrement des logiciels utiles". Cela ne constitue pas un conseil opérant, ou comme on le dit en anglais avec beaucoup de pertinence, "actionable". C'est comme si on vous conseillait, pour gagner en bourse: "achetez des actions lorsque les prix sont bas et revendez-les lorsque les prix sont hauts". Parfaitement juste et sensé, mais aussi parfaitement inutile: on demande immédiatement comment?

Les concepts doivent être maîtrisés sous peine de contresens fatals. Scène vécue: un "Scrum Master" nouvellement certifié débarque sur une liste de diffusion et demande, "est-il raisonnable de fixer pour le prochain Sprint une vélocité de 80% parce qu'un membre de l'équipe est absent?". Des questions de ce type me mettent mal à l'aise quant à l'efficacité et à la qualité des formations! (C'est un de ces incidents qui m'a amené à la conclusion qu'un référentiel plus clair était nécessaire.)

La mise en place d'une approche Agile exige de connaitre un peu de théorie. Pour acquérir un concept théorique il suffit le plus souvent d'en recevoir la définition, par exemple "la vélocité est obtenue en faisant le total des points (estimations) associés aux User Stories qui ont été terminées dans l'itération qui vient de s'achever". Cette définition suffit à identifier les erreurs de notre jeune Scrum Master; la vélocité est quelque chose qui se mesure, non quelque chose qui se décrete à l'avance; c'est une mesure qui s'exprime dans la même unité que les estimations, donc des points ou des hommes-jours mais en aucun cas un pourcentage. Le réflexe qui joue est le même que celui du physicien à qui on annoncerait une vitesse exprimée en mètres carrés: ce n'est pas la peine de vérifier le calcul, il faut d'abord rectifier une incompréhension théorique.

Nuançons quand même le propos: certains des termes utilisés pour décrire Scrum ou XP exigent plus qu'une définition brute, il faut comprendre comment les mettre en relation. J'affectione les simulations de projet comme outil pédagogique pour garantir que des termes comme vélocité ou itération sont bien compris.

Les pratiques, c'est ce dont on peut constater la mise en place sur le terrain, de façon visible. Par exemple, une heuristique que j'emploie fréquemment pour juger qu'équipe prend au sérieux l'approche Agile: les murs de la salle de travail sont-ils recouverts de tableaux blancs remplis, de grandes feuilles de papier chargés de Post-It, de documents divers relatifs au projet et mis à jours récemment? La présence de ces indices n'est évidemment pas une garantie de succès, mais elle met en évidence certaines pratiques communes parmi les équipes Agiles: utilisation d'un tableau de tâches par exemple.

Ou bien encore, je pourrais passer un peu de temps avec un développeur, et constater quelques différences visibles entre son travail et ce que j'ai vu faire ailleurs. Lorsqu'il programme, je le vois systématiquement se préoccuper de tests unitaires automatisés, qui se matérialisent par une "barre verte" ou "barre rouge" dans l'outil qui gère ces tests. Ou bien, je remarque qu'il ne travaille que rarement seul, mais le plus souvent avec un autre développeur assis au même bureau; il ne travaille pas en silence mais explique (sans trop lever la voix pour ne pas perturber d'autres binômes) le raisonnement derrière le code qu'il propose à son collègue.

Les compétences, c'est ce qu'on peut voir quand on examine de plus près certaines pratiques (mais pas toutes), ce sont celles parmi les pratiques qui amènent à distinguer des niveaux de performance. Telle équipe est meilleure que l'équipe voisine dans le domaine de la conception évolutive. Tel développeur est plus doué qu'un autre pour le refactoring, il l'applique de façon plus fluide, à une plus grande échelle, avec plus de rapidité.

Certaines pratiques ne sont pas nécessairement des compétences: d'un certain point de vue une réunion de type "stand-up" ou "daily Scrum", c'est simplement une réunion. On constate, ou non, que l'équipe se réunit une fois par jour à heure fixe pour échanger sur les progrès accomplis. Par contre on peut considérer que l'animation de cette réunion est une compétence. Si cette compétence est présente cela se traduit par une réunion courte et le sentiment (subjectif, certes) qu'elle a été utile. Si cette compétence fait défaut, la réunion peut s'éterniser et sembler contre-productive.

Attention, "animer un stand-up court" ne décrit pas une compétence! On préfèrera quelque chose comme: "telle personne est capable d'équilibrer les temps de parole lors d'une réunion, en encourageant les plus timides à contribuer et les plus extravertis à se limiter". Cette compétence s'appuie sur de l'observation (il faut avoir noté qui a parlé ou pas parlé) et sur de l'autorité (adopter le ton juste lorsqu'on demande à quelqu'un de rendre la parole: ni minauderie ni éclat de voix).

Conclusion: pour pouvoir obtenir les bénéfices d'une approche Agile, il me semble important d'avoir accès à une description approfondie et détaillée du contenu de cette approche, avec une attention particulière aux pratiques et aux compétences qui, sans doute parce qu'elles sont plus difficile à décrire finement, ont jusqu'à présent surtout fait l'objet d'une "tradition orale", d'un apprentissage par la transmission individuelle. Même si cette dernière garde son importance dans la culture Agile, elle ne peut que bénéficier d'un corpus écrit, si celui-ci est soigneusement réalisé et entretenu.

1 commentaires:

pierrefauvel a dit…

En complément, dans ce corpus, des aides à la "customization" pourraient être appréciables. Dans quel cas essayer d'utiliser quelle technique, avec quel "paramétrage". Mais on ne serait plus dans la description d'un corpus théorique, on serait dans le retour d'expérience. N'est-il pas temps ? Par contre, de nombreux débats d'experts en perspective.

Enregistrer un commentaire